Embrasser son destin européen

Philippe Perrin : l’espace, le ciel, Toulouse et la Terre

Philippe Perrin, 53 ans, a posé ses valises à Toulouse en 2004. L'astronaute, 9 e Français dans l'espace, est maintenant pilote d'essai chez Airbus./Photo DDM Thierry Bordas
Philippe Perrin, 53 ans, a posé ses valises à Toulouse en 2004. L’astronaute, 9 e Français dans l’espace, est maintenant pilote d’essai chez Airbus./Photo DDM Thierry Bordas

Il a été le mécano de l’espace en 2002 avec trois sorties pour l’assemblage de la Station spatiale internationale. à quelques jours du départ de Thomas Pesquet, rencontre avec Philippe Perrin, un astronaute bien dans sa ville.

Son vieux blouson de cuir de pilote de chasse. Le porter c’est arborer ma passion pour l’aéronautique et mon grand amour pour l’armée de l’air où j’ai tout appris.

Dans le salon de Philippe Perrin, il y a d’abord des murs de brique rose, de larges poutres et de vieilles tomettes. L’astronaute aime le Toulouse des hôtels particuliers. Il a choisi d’y poser ses valises il y a douze ans et d’y faire grandir ses trois enfants. Viennent ensuite des objets rappelant son Maroc natal, son passage dans l’armée de l’air, mais, pour trouver trace de son vol spatial, il faut chercher. «Un accord passé avec ma femme», sourit-il avant de désigner, sur une étagère, la reproduction de la navette américaine Endeavour qui l’a conduit 400 km au-dessus de la Terre en 2002. La base de lancement de Cap Canaveral se devine dans un cadre, non loin de la figurine et du livre du Petit Prince emmenés dans la Station spatiale internationale (ISS). «Il faut se faire pardonner d’avoir été astronaute. Quand on est sélectionné, on se sent privilégié, puis on revient coupable parce qu’on a vécu une expérience unique qu’il est impossible de traduire », explique Philippe Perrin, 53 ans. «Pour rester vrai et ne pas être celui qui racontera pendant 20 ans ses 14 jours dans l’espace», il dispense peu de témoignages. à la Cité de l’espace, dans la nouvelle exposition «Astronautes», le cosmonaute suspendu dans le vide spatial, c’est lui. «Je me souviens avoir crié de douleur dans mon scaphandre, les pieds comprimés comme dans des chaussures de ski… Mais mes trois sorties hors de la Station furent des cadeaux extraordinaires. C’est un deuxième voyage, on est soi-même un petit satellite en harmonie avec le cosmos, on flotte, il y a une lumière fantastique, la Terre est belle, accueillante, on pourrait presque la prendre sous le bras.» C’est là-haut que Philippe Perrin s’est forgé une conscience écologique. «J’étais parti en observateur, je voulais voir et comprendre ce que nous faisons là. Et puis j’ai vu la Terre toute petite, comme un vaisseau spatial aux ressources limitées, ça m’a changé, j’ai compris que tout ça pouvait mal finir».

Philippe Perrin en est certain, il a toujours su qu’il serait astronaute. «À 15 ans, je me voyais rentrer dans l’atmosphère accompagné par la chanson «Dreamer» de Supertramp. Dans la Station, un Américain de l’équipage m’a passé ce titre, comme dans mon rêve, je n’oublierai jamais cette coïncidence».

Puis il a choisi de ne pas repartir. «On prend un risque fou, égoïste, et on laisse ceux qu’on aime au sol. Quand j’ai dit à ma fille aînée, âgée de 5 ans, ‘‘papa va revenir”, je lui mentais car je n’en savais rien. J’étais dans le top 10 des astronautes, j’aurais dû repartir mais j’ai fait le choix d’arrêter pour mon épouse, pour qu’elle puisse travailler (Cécile est professeur, elle dirige actuellement le laboratoire de chimie au lycée Fermat) et parce que c’était trop douloureux pour elle. Si je le regrette ? J’y pense tous les jours, j’ai touché au sublime ».

Philippe Perrin s’est rapidement trouvé de nouveaux défis chez Airbus où il officie comme pilote d’essai depuis 2004. Il se sent «fier du matériel, de cette nouvelle famille professionnelle», fier aussi d’être «toulousain et européen» au point d’envisager de repartir en politique (il était suppléant sans étiquette de Christine de Veyrac sur le canton I en 2011 au nom d’une «écologie pour tous») et de se présenter aux européennes en 2019 pour défendre «sa» ville.

L’ancien polytechnicien s’est également lancé, il y a cinq ans, dans l’écriture d’un livre de physique fondamentale afin de coller au dicton de Franklin Chang-Diaz (son binôme en 2002 pour les sorties hors de l’ISS), originaire du Costa Rica : dans la vie il faut planter un arbre, faire un enfant et écrire un livre.

Jeudi, il commentera le départ de Thomas Pesquet, en se souvenant l’avoir croisé un jour à la machine à café du Cnes à Toulouse, décontracté, sûr de lui, lui demandant quoi faire pour être astronaute. «Il avait terminé SupAéro, était embauché au Cnes. Je lui ai conseillé de devenir pilote pour montrer qu’il pouvait travailler sous stress. Il m’a écouté et aujourd’hui c’est à son tour. Sa beauté extérieure est le reflet de sa beauté intérieure. Je l’envie parce que son aventure est devant lui.»

http://www.ladepeche.fr/article/2016/11/13/2457675-philippe-perrin-l-espace-le-ciel-toulouse-et-la-terre.html

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